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J'avais repéré l'événement "MaisonMIX" qui aura lieu à Rennes fin mars. Nouveau type de "crowd sourcing", c'est un projet de conception collaborative qui utilise les recettes des méthodes agiles : en peu de temps, donner à plusieurs équipes la mission de trouver des idées nouvelles et de les mettre en oeuvre dans un prototype concret. Déjà expérimenté avec succès dans le musée, la méthode s'invite dans la "maison". Nouveau lieu, même principe : faire venir des volontaires de tout horizon pour réfléchir ensemble de manière innovante.

Cette forme de travail est effectivement innovante et tient plusieurs promesses, en particulier produire de la créativité :

  • Les participants sont volontaires. En n'étant pas rémunéré, le rapport au travail et à l'engagement personnel change. On y vient par curiosité, par défi aussi puisque le projet à développer n'est pas connu à l'avance et qu'à la fin un prototype sera présenté.
  • Les équipes sont composées de non-spécialistes du domaine, d'horizons et de profils professionnels différents. Développeurs ou "makers" sont accompagnés de "facilitateurs", spécialistes des usages, ingénieurs, designers, artistes... Quelques experts du domaine sont là mais pas dans une perspective hiérarchique. Ce métissage des profils et origines promet des échanges individuels denses.
  • En 3 jours, les équipes vont travailler en collaboration (pas en compétition) pour générer leur idée et la mettre en oeuvre. Chaque "talent" individuel peut s'exprimer dans ce processus qui correspond à un cycle temporel des méthodes de conception agile : on parle d'un "sprint".

Pour la logistique et l'organisation de l'événement, une structure assume le rôle d'organisateur avec des sponsors qui financent les coûts du projet. Fédérateur et valorisant pour un territoire, on trouve souvent des collectivités locales ou territoriales au sein des financeurs. Dans MaisonMIX, on notera la participation d'Orange. 

La force du projet est de ne pas proposer de cahier des charges aux participants en dehors des règles de collaboration. On maximise ainsi le contexte favorable à la créativité. Les équipent choisissent elle-même de définir le problème qu'elle vont avoir à résoudre. C'est l'inverse dans un processus industriel classique "non agile", dans lequel les équipes progressent de manière séquentielle à travers des objectifs que personne ne peut prendre en main globalement.

Désormais appliqués à des domaines au delà du développement logiciel, ce type d'événement met en place une dynamique qui emprunte aussi à l'intelligence collective que nous connaissons dans les usages et la production de contenus d'internet. Dans ces projets de "remix", l'essentiel n'est pas dans les prototypes fabriqués car l'objectif n'est pas de terminer avec un produit fini. Dans ce processus, on "ouvre" l'innovation en sortant des modèles classiques de conception et de développement.

En demandant à des volontaires de participer sans rémunération, ce type de projet brise aussi le modèle classique du rapport au travail. Les motivations des participants sont différentes, on consolide le contexte favorable à l'engagement individuel, en particulier en effaçant les rapports de hiérarchie, les stratégies et intérêts individuels.

Que produisent ces *MIX ?

Pour les participants, l'implication et le résultat final produisent de la reconnaissance, de l'expérience, des compétences nouvelles... Les nouvelles personnes croisées pendant ces 3 jours apportent aussi des horizons nouveaux, décloisonne par la preuve : on a réussi à produire, à créer collectivement. Dans certains cas, l'aventure peut se poursuivre jusqu'à la création d'entreprise lorsque l'idée est bonne et les auteurs ambitieux. L'organisateur lui, récolte la créativité produite et les potentialités d'innovation. L'important est que tout le monde s'y retrouve et que l'on sache à qui appartient ce qui est produit, car à la fin reste implicitement le retour au secteur marchand.

En posant le principe du "don" et du "contre don" comme base du travail, l'organisateur et les participants sont en principe au clair sur le projet et les relations à la valeur économique, ainsi que sur la destination des idées et des prototypes produits. En guise de conseil aux participants, on pourrait simplement rappeler que si la valeur d'échange n'est pas équilibrée, il ne faut pas être dupe. 

Alors MaisonMIX ou pas ?

Personnellement, quelques détails me gênent sur le profil de MaisonMIX. Dans l'autre cas de MuséoMIX, l'objet du travail est un bien commun, la culture, l'histoire, situé dans un lieu public, le musée. On s'attache ici à revisiter l'institution et le patrimoine historique et culturel. La destination des innovations produites retourne au final dans le bien commun. Un projet de créativité collective sur la base du "don" me semble facilement compatible.

La "maison" n'est pas de cet ordre : c'est un lieu privé, jusqu'à l'intime. C'est aussi un contexte de vie quotidienne qui de toutes part n'a de rapport qu'avec la sphère marchande, en terme de biens et de services. Objet d'approche par la technologie depuis l'ère de la micro-informatique, le numérique s'appelait alors la "domotique". On trouve à nouveau ce terme sous de nouvelles offres de services des opérateurs (SFR qui met le paquet, Bouygues, et Orange). Egalement dans les rayons d'objets connectés destinés à la maison : lumières d'ambiance, caméras de surveillance, hi-fi connectée... Pour le moins, l'innovation numérique dans la maison est donc un terrain particulièrement d'actualité dans le secteur marchand.

Malheureusement le site de MaisonMIX ne donne pas d'information précise pour éclairer cette question. J'ai essayé d'avoir des précisions sur la destination des créations en contactant l'organisateur. A ce jour je n'ai pas encore de réponse. J'ai donc encore des doutes sur ma participation, faute de ne pas avoir assez de visibilité sur le "contre don" qui me serait propre. Mon regard critique n'est pas polémique, mais j'ai identifié ce point faible dans le projet et je trouve dommage qu'il n'ai pas été traité par l'organisateur. Dans "MaisonMIX", qui est le garant de la neutralité de ce qui sera produit ?

Si le modèle d'organisation proposé par le "remix" collectif est bien innovant, il reste que sa transposition n'est pas forcément valable dans tous les domaines. Apparue sur internet, la controverse du "travail gratuit" existe aussi sous des formes incarnées, sans doute pour faire avancer notre maturité collective dans les nouvelles formes de rapport au travail.

 (Billet initialement publié sur mon blog)